Le tarot a été un jeu de cartes pendant trois siècles
Les vingt-deux figures que l’on appelle aujourd’hui arcanes majeurs ont d’abord été des atouts, c’est-à-dire des cartes qui coupent les autres. Le tarot naît en Italie du Nord au XVe siècle comme un jeu de levées, et son usage divinatoire n’apparaît en France qu’à la fin du XVIIIe.
Une invention de cour, en Italie du Nord
Les premiers jeux attestés sont produits à Milan, Ferrare et Bologne dans la première moitié du XVe siècle. Ce sont des objets de commande, peints à la main pour des familles princières, dont quelques exemplaires nous sont parvenus. Le jeu ajoute au paquet ordinaire une série de cartes illustrées qui jouent le rôle d’atouts permanents.
Le nom même le dit : en italien, ces cartes sont des trionfi, des triomphes, avant que le mot tarocchi ne s’impose au début du XVIe siècle. Le jeu se répand ensuite en France et en Suisse, où il est encore pratiqué comme jeu de levées.
D’où viennent les images
La série des atouts reprend un répertoire iconographique très courant à la fin du Moyen Âge : les vertus, la roue de Fortune, la mort, le triomphe de l’amour, le jugement dernier. On les retrouve dans les fresques, les manuscrits enluminés et les processions de la même période. Rien n’y est ésotérique à l’origine : ce sont des images que tout le monde savait lire.
Le jeu dit de Marseille, qui sert de référence à la plupart des lectures actuelles, est un modèle de gravure sur bois standardisé au XVIIe et au XVIIIe siècle par des cartiers français. Son nom vient du lieu de production, pas d’une tradition locale.
Le tournant divinatoire, à la fin du XVIIIe
L’usage divinatoire est documenté à partir des années 1780, avec les écrits d’Antoine Court de Gébelin, qui attribue au jeu une origine égyptienne, et surtout avec Etteilla, qui publie le premier système de lecture complet et fait imprimer un jeu conçu pour cet usage. L’hypothèse égyptienne a été depuis écartée par les historiens : elle repose sur une lecture des images antérieure au déchiffrement des hiéroglyphes.
Le tarot dit de Rider-Waite, publié à Londres en 1909, ajoute une étape décisive en illustrant aussi les cartes numérales, jusque-là figurées par de simples répétitions de symboles. C’est ce jeu qui a diffusé le tarot divinatoire dans le monde anglophone.
Ce que l’histoire change à la lecture
Connaître la provenance des images ne dit pas comment les interpréter, mais cela évite deux erreurs courantes : croire que chaque figure porte un sens fixé depuis l’Antiquité, et croire à l’inverse que les significations ont été inventées de toutes pièces. Elles ont une histoire, datée et documentée, qui s’étale sur cinq siècles.
Questions fréquentes
Le tarot vient-il d’Égypte ?
Non. Cette origine a été proposée en 1781, avant le déchiffrement des hiéroglyphes, et aucune source ne l’étaye. Les premiers jeux attestés sont italiens et datent du XVe siècle.
Quelle différence entre tarot de Marseille et Rider-Waite ?
Le premier est un modèle de gravure française standardisé aux XVIIe et XVIIIe siècles, dont les cartes numérales ne sont pas illustrées. Le second, publié en 1909, illustre les cinquante-six cartes mineures, ce qui change la manière dont un tirage se lit.
Le tarot se joue-t-il encore comme un jeu ?
Oui, et très largement. Le tarot à jouer français se pratique avec un jeu de soixante-dix-huit cartes et compte des dizaines de milliers de licenciés, sans aucun rapport avec l’usage divinatoire.